Comme le reste du territoire français, la Ville de La Courneuve comptait autrefois de nombreux cinémas. 6 cinémas y
coexistaient jusque dans les années 60. Le dernier ayant fermé fut en 1965 l’ancien cinéma l’Étoile (situé au 22 avenue Gabriel Péri, le bâtiment abrite actuellement La Comète, Maison des Pratiques Artistiques en Amateur de La Courneuve).
L’ancien cinéma l’Étoile :
L’ancien cinéma l’Étoile est un, chef-d’œuvre de l’architecture de l’immigration italienne en France. Le cinéma des frères Martin-Pérolino est le symbole des constructions réalisées par les Italiens lorsqu’ils sont venus massivement s’installer à La Courneuve.
Il témoigne alors de l’envie des migrants de s’impliquer dans la vie culturelle et économique de la ville.
Voir le très beau document du Service Patrimoine du département téléchargeable ci-après.

L’ancien cinéma Étoile est un lieu symbolique de l’immigration italienne et des Petites Italies constituées dans la région parisienne Depuis le milieu du XIXe siècle, la France est une terre d’accueil pour l’immigration italienne. L’atonie démographique française rencontre le trop plein de main d’œuvre en Italie et les tensions politiques internes. La France ayant besoin de cette main-d’œuvre, entre 1876 et 1915, 1.6 millions d’Italiens passent la frontière pour s’installer en France. En 1931, les Italiens représentent près de 7% de la population du territoire français. Cette population est hétéroclite, certain·e·s ont fui le fascisme italien les Fuorusciti. D’autres plus rares, poussé·e·s par l’idéologie de Mussolini d’envoyer le « génie glorieux de la race italienne à travers le monde » avec les
Italiano all’estero forment des cellules fascistes, mais une très grande partie émigre pour des raisons économiques. Ces hommes, ces femmes ou ces familles se regroupent dans des espaces de sociabilité, comme certains quartiers de Paris, dans le XIX e arrondissement, près de La Villette, ou dans le XX e arrondissement, en proche banlieue à Nogent-sur-Marne, Aubervilliers, Saint-Denis, Bobigny, Drancy, Argenteuil ou La Courneuve.
Durant le premier tiers du XX e siècle, le développement des entreprises chimiques ou des industries de métallurgie lourde à La Courneuve, comme l’Établissement A. Johnson et fils ou l’entreprise Mecano, attirent de nombreux travailleurs d’origine italienne Durant les années 1920, les Italiens quittent massivement les quartiers surpeuplés du Nord de Paris et s’installent dans la proche banlieue.
C’est le cas de la famille Pérolino, composée de quatre frères originaires de la vallée d’Aoste, au Nord-Ouest de l’Italie, qui s’installe en France au début du XX e siècle. Pierre Martin, l’aîné, arrive dans les années 1910, suivi par ses trois frères, Guy, François et Édouard. En 1926, la famille Pérolino s’installe dans le quartier populaire, à majorité italienne, du Monfort à Aubervilliers et Pierre ouvre alors un café-épicerie.
En 1934, les frères Pérolino s’établissent finalement dans le quartier de la Mairie de La Courneuve où ils exercent certains des métiers traditionnels de l’immigration ouvrière italienne de la région parisienne : Guy est tourneur en métaux dans l’entreprise Garnier à La Courneuve, François et Pierre sont forgerons, et Édouard est chauffeur livreur. Ils décident alors de développer une entreprise originale et familiale et entreprennent la construction d’un cinéma. Grâce à un emprunt, ils achètent un vaste terrain rue Billaut (actuelle rue Gabriel Péri), entre le marché, les bains douches, le lavoir et le dispensaire. Le bâtiment est inauguré en septembre 1935 et comporte une salle de cinéma de près de 700 places, des appartements pour loger toute la famille, une salle de billard et un café qui porte l’inscription «Martin frères».
L’architecture de la façade manifeste une grande originalité : «Pour ce petit bâtiment, les canons de l’architecture sont revisités avec fantaisie. Les frontons cintrés et les agrafes en forme de coquillage, les pilastres, les amortissements décorés de feuilles d’acanthes, toute l’ornementation de fleurs, de draperies, lui donnent un air de fête» (Les points repères du Conseil d’architecture, d’urbanisme et de l’environnement, CAUE 93, n°17, 1994).
Une étoile qui donne son nom au cinéma est ensuite fixée à un petit mât placé au sommet du fronton.
Lieu important de la vie culturelle de La Courneuve, le cinéma Étoile attire un public nombreux toutes les fins de semaine pour regarder des films ou assister à des spectacles culturels. Toute la famille des Pérolino s’investit dans l’entreprise familiale.
Après le décès de ses trois frères dans les années 1940 et 1950, Édouard Pérolino ferme le cinéma en 1965. Le bâtiment héberge par la suite une entreprise spécialisée dans la vente de cosmétiques ; en 1977, la municipalité fait l’acquisition de l’ancien cinéma où s’installe par la suite le Centre dramatique de La Courneuve. Une descendante de la famille est toujours spectatrice du nouveau cinéma l’Étoile.

Les autres cinémas depuis les années 40
Dans les années 1940, l’Étoile n’est pas le seul cinéma de La Courneuve, aux Quatres-Routes les habitant·e·s peuvent se rendre au cinéma le Mondial ou bien au Royal. Ces trois cinémas souffrent d’un modèle dépassé, une salle unique ne pouvant projeter qu’un seul film à la fois face au développement des multiplexes cinématographiques ainsi que la démocratisation de la télévision participent à la fermeture de ces cinémas. Si l’Étoile est le premier à fermer ses portes, le Mondial emboîte le pas et se transforme en supermarché en 1967, le Royal quant à lui subsiste jusqu’en 1973.
Peu avant la disparition de l’Étoile, un nouveau cinéma émerge tout juste des 4000. La construction du grand ensemble s’accompagne en effet d’infrastructures prévues pour les habitant·e·s, parmi lesquels se trouvent un centre culturel, un centre commercial et un cinéma Le Forum. Livré par l’office HLM de la Ville de Paris, Le Forum est inauguré en 1964, avant d’être renommé quelques années plus tard Le Splendid. Ce cinéma est situé au cœur des 4000 Sud, il est construit dans l’idée que tous les services doivent être disponible aux 4000 afin de former une ville dans la ville.
Le déclin général de la fréquentation des cinémas dans les années 1960 s’observe également aux 4000, en 1971, quelques années seulement après son inauguration, Le Splendid se voit contraint de disparaître à son tour. Le bâtiment a une seconde vie au début des années 1980 avec la création du Yuro Theatro, un ensemble d’associations des 4000 qui vont louer l’espace afin de créer un lieu de concert et de spectacle vivant.
La Courneuve, privée de son dernier cinéma en 1973, il faut pour les habitant·e·s attendre l’ouverture officielle du centre culturel Jean-Houdremont. En 1977 alors qu’ouvre le centre culturel, la question des usages de la grande salle de spectacle se pose. Deux ans plus tard, en 1979, elle est transformée (tout en continuant d’accueillir des spectacles) en petit cinéma avec une programmation hebdomadaire. Jusqu’ici les cinémas courneuviens étaient privés, la salle du centre culturel Jean-Houdremont est alors la première apparition d’une gestion publique d’un cinéma.
La salle jongle alors entre une programmation cinématographique qui culmine en 1985 à 10149 entrées pour 184 séances de 62 films différents et une programmation de spectacles vivants. La programmation du cinéma du centre culturel s’ancre dans les propositions faites sur le territoire, notamment à l’initiative du Département avec des actions comme le mois du cinéma contre le racisme (mars 1992). On retrouve également des projections thématiques organisées par Banlieues Bleues laissant place à des programmations mettant en lumière la musique au cinéma, la soirée Ciel Bleu en 1992 met à l’honneur le jazz dans les films de Scorsese ou Cassavetes.
Le centre culturel cesse progressivement son activité de cinéma au profit du spectacle vivant en vue de l’ouverture du nouveau cinéma l’Étoile en 1993.
Le nouveau cinéma l’Étoile ouvre en 1993
Au début des années 90, la Ville de La Courneuve décide d’ouvrir un cinéma municipal art et essai et d’en faire un outil de sa politique culturelle à destination des plus jeunes.
Le projet du Cinéma l’Étoile
L’Étoile est une salle publique mono-écran classée « art et essai » et titulaire de labels nationaux : « Jeune public », « Répertoire », et « Recherche et découverte ». A l’heure où le cinéma est de plus en plus soumis au pouvoir de groupes imposant leur loi économique et leur vision du monde, de tels espaces sont indispensables pour que des films différents rencontrent les spectateurs. Inlassablement, le cinéma parie sur la curiosité, l’exigence, la transmission et la découverte de tous les types de cinémas, de tous les pays, tous les genres, toutes les époques, à des tarifs abordables.
Dotée de 199 places confortables, d’un écran de 9 mètres et du son numérique 7.1 et de la 3D, la salle de l’Étoile offre au cœur de la ville un instant de bien-être appréciable. Mais c’est aussi un véritable lieu d’animation et de rencontre avec les professionnels du cinéma : réalisateurs, critiques… C’est un lieu de ressources où vous pouvez trouver des dossiers de presse sur les films, de la documentation, et un personnel qualifié prêt à vous renseigner, vous conseiller et discuter avec vous du film que vous venez de voir ou des films à venir voir.
Le jeune public devient rapidement l’un des axes prioritaires de son travail de programmation et d’action culturelle. Dès le plus jeune âge, il invite les enfants et les jeunes à la découverte du cinéma de création et de répertoire, notamment en temps scolaire, par le biais de son engagement au cœur des dispositifs « ma première séance », « école et cinéma », « collèges et cinéma » « apprentis et lycéens au cinéma ». Hors temps scolaire, il tisse un partenariat riche avec les services enfance et jeunesse notamment, autour de rencontres avec les cinéastes, ciné-débats etc.
L’éducation à l’image
Un travail de fond est réalisé dans les établissements scolaires pour ce jeune public (de la maternelle aux lycées) qui représente une grande part des spectateurs du cinéma. Ainsi, ils viennent apprendre à regarder, discuter, critiquer et partager les œuvres les plus originales et les plus marquantes du cinéma.
Depuis quelques années aussi, dans le cadre du label 100% EAC de la ville, L’EAC (Education artistique et culturelle) portée par le cinéma se prolonge aussi dans les classes, avec des ateliers sur le pré-cinéma, le burlesque et la fabrique du cinéma d’animation, avec la réalisation de courts métrage montrés au cinéma en fin d’année scolaire dans le cadre de l’opération « l’Étoile fait son cinéma ». C’est aussi ce travail que l’on retrouve dans les Soirées/débats, Ciné-club…
L’action culturelle
L’Étoile propose de multiples événements : ciné-thé, ciné–débat, ciné-goûter, ciné-club…et certains autour d’autres arts : Ciné-concerts, concerts, gaming en salle, ciné-dessiné…
Cinéma en plein air
Tous les ans au mois de juillet, le cinéma l’Étoile s’installe hors les murs et vous propose des séances de cinéma en plein air, dans les quartiers.
Ciné-santé
Le cycle «Ciné-Santé» est un projet qui associe cinéma et réflexion collective autour de la santé, né en 2023 grâce à une collaboration entre le centre municipal de santé Salvador-Allende. Dans le cadre du ciné-santé, des thématiques liées à la santé (comme la santé mentale, le handicap, les addictions, la vie affective et sexuelle etc.) sont abordées par la projection d’un film de fiction ou documentaire. À l’issue de ces projections, un débat est organisé et animé avec un professionnel de la santé, un professionnel du cinéma et/ou avec un invité en lien avec la thématique (association, usager, patient-expert…)
Le projet vise à créer un espace de dialogue ouvert sur la santé, au-delà des lieux de soins, en réunissant usagers, aidants, associations et professionnels. Il cherche à favoriser la prise de conscience et le partage d’expériences individuelles, à interroger nos représentations de la maladie et du handicap, et à réfléchir à notre pouvoir d’agir collectivement pour améliorer notre bien-être. Il a aussi pour objectif d’informer sur les ressources locales disponibles et de renforcer les liens entre professionnels de santé, associations et usagers.
Portraits de femmes d’ici et d’ailleurs
Programmation spéciale du mois de mars, dans le cadre de la Journée internationale des femmes. Plusieurs films dans le mois, fiction ou documentaire, deux ou trois débats autour de films réalisés par des femmes ou donnant à voir des histoires de femmes.
Les festivals
Le cinéma l’Étoile est membre de plusieurs réseaux cinématographiques (ACRIF, GNCR, AFCAE, ADRC, ACID) et partenaire de festivals cinématographiques :
- La résistance au cinéma (Musée de la Résistance Nationale, fédération de Seine-Saint-Denis)
- Ciné-junior : Festival international Jeune public
- La fête du court (dédié aux courts métrages)
- Côté court (festival de courts métrages de Pantin)
- Ouverture du festival de Cannes avec le film d’ouverture en simultané avec Cannes.